Comment protéger un parent âgé des arnaques informatiques
Publié par Serenidesk
Publié le Mis à jour le 9 min de lecture
Ce guide concerne : Particuliers en France ; ordinateur, téléphone ou tablette
En bref
Convenez avec votre parent d'un contact à appeler en cas de doute et enregistrez ensemble ses sites habituels. Proposez les réglages de sécurité avec son accord, en conservant son autonomie et l'accès à ses comptes.
Un appel prétendument bancaire ou une alerte à l'écran peut déstabiliser une personne à tout âge. Si votre parent vous demande de l'aide, partez de ses usages et de ses difficultés, sans supposer qu'il manque de discernement.
La bonne nouvelle : on peut réduire fortement les risques sans transformer votre parent en expert de l'informatique, et sans lui retirer sa liberté. Tout repose sur trois choses simples : quelques réflexes faciles à retenir, un ordinateur bien réglé, et une personne de confiance à qui téléphoner en cas de doute. On fait le point calmement, sans dramatiser.
Ce qui rend une demande difficile à vérifier
Ce n'est pas une question d'intelligence, et il est important de le rappeler à votre parent pour qu'il n'ait pas honte d'en parler. Les escrocs jouent sur des traits tout à fait respectables : la politesse (on n'ose pas raccrocher), la confiance dans les institutions (les impôts, la banque, la Sécurité sociale), et le respect de l'autorité. Un « conseiller » au ton pressant et assuré peut vite désarçonner.
Le manque de familiarité avec certains écrans et l'absence d'un contact disponible peuvent compliquer la vérification. Cela varie d'une personne à l'autre. Convenez ensemble d'un moyen de demander de l'aide, particulièrement lorsqu'un appelant impose le secret ou la précipitation.
Les arnaques les plus fréquentes aujourd'hui
Les scénarios changent, mais les mécaniques se ressemblent : elles jouent toutes sur l'urgence, la peur et le secret. Voici celles que vos parents ont le plus de chances de croiser :
- Le faux support technique : un écran se bloque avec une alerte alarmante et un numéro à appeler, prétendument « Microsoft » ou « Windows ». Au bout du fil, on demande d'installer un logiciel pour « réparer » — en réalité pour prendre le contrôle de l'ordinateur.
- Le faux conseiller bancaire : un appel affirme qu'un « paiement suspect » est en cours et qu'il faut valider un code reçu par SMS pour « bloquer l'opération ». Ce code sert en fait à autoriser le vol.
- Les faux mails d'administration : impôts, CAF, Ameli, mais aussi faux avis de livraison de colis, qui réclament un paiement ou vos coordonnées bancaires via un lien.
- Les faux SMS de colis ou d'amende, avec un lien vers un site qui imite parfaitement l'original.
- L'arnaque au « faux proche » : un message ou un appel se faisant passer pour un petit-enfant en difficulté qui a besoin d'argent en urgence.
- Les faux sites de vente ou de remboursement, qui proposent des offres trop belles pour attraper un numéro de carte.
Les bons réflexes à transmettre, sans le brusquer
Inutile de submerger votre parent de consignes. Retenez avec lui une petite poignée de règles, faciles à répéter. L'idéal est de les écrire sur une feuille posée près de l'ordinateur ou du téléphone :
- Ne communiquez pas vos mots de passe ni vos codes de paiement à un appelant. Saisissez-les uniquement dans le service que vous avez ouvert vous-même pour une action que vous comprenez.
- Raccrocher ou fermer un message n'est jamais impoli. Un vrai service public ou une vraie banque ne vous en voudra jamais de rappeler vous-même le numéro officiel.
- Une demande urgente peut être réelle ou frauduleuse. Avant de fournir un code, un accès ou un paiement, interrompez l'échange et vérifiez auprès de l'organisme avec ses coordonnées habituelles.
- En cas de doute, on appelle un proche AVANT d'agir, pas après. Faites de vous ce « joker » : « Si quelque chose te semble bizarre, tu m'appelles, même à 22 h, ce n'est jamais dérangeant. »
- On n'accorde pas d'accès à distance à un appelant inattendu. Pour une aide convenue, vérifiez l'identité de la personne et validez chaque accès en comprenant ce qu'il permet.
- Pour se connecter à un site officiel, on tape soi-même l'adresse dans le navigateur (par exemple impots.gouv.fr, ameli.fr), on ne clique pas sur le lien reçu par mail ou SMS.
Régler l'ordinateur pour limiter les pièges
Des réglages adaptés réduisent certains risques. Présentez-les à votre parent, expliquez les changements et obtenez son accord avant de les appliquer.
Vérifiez avec son accord les mises à jour et l'antivirus actif. Un compte standard limite certaines modifications du système, mais ne bloque pas tous les logiciels malveillants ni le vol de données. Si vous le proposez, expliquez les validations nécessaires et convenez de l'accès au compte administrateur, sans confisquer les accès de votre parent.
- Notez les mots de passe importants dans un gestionnaire de mots de passe, ou à défaut dans un petit carnet papier rangé dans un tiroir (une solution imparfaite mais bien réelle pour beaucoup de seniors).
- Mettez en place une sauvegarde des photos et documents, pour ne rien perdre en cas de problème.
- Activez un bloqueur de publicités dans le navigateur : cela réduit les fausses fenêtres d'alerte qui déclenchent les arnaques au support technique.
- Enregistrez dans les favoris les vrais sites utilisés (banque, impôts, Ameli), pour ne plus jamais avoir à passer par un lien reçu.
Si votre parent a déjà été piégé : les bons gestes
Si le mal est fait, on n'accuse pas et on ne perd pas de temps. La rapidité change tout, et la culpabilité ne sert à rien : ces arnaques piègent aussi des personnes plus jeunes et très à l'aise avec l'informatique.
- En cas de contrôle inconnu, déconnectez l'ordinateur concerné : coupez son Wi-Fi ou débranchez son câble réseau. Évitez de couper toute la box si elle sert aussi au téléphone ou à un dispositif d'assistance.
- Contactez la banque au numéro de votre carte ou de votre relevé : opposition si votre carte est compromise, sécurisation des accès si des identifiants ont été divulgués, tentative de rappel des fonds pour un virement. Ces démarches ne garantissent pas un remboursement. Conservez les preuves et signalez les opérations concernées par écrit.
- Changez les mots de passe importants depuis un autre appareil sain (le vôtre, par exemple), en commençant par la messagerie et la banque.
- Faites-vous accompagner gratuitement : le site Cybermalveillance.gouv.fr explique les démarches pas à pas, et la plateforme 17Cyber (17cyber.gouv.fr) met en relation avec une aide en ligne.
- Déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie ; les contenus illégaux peuvent être signalés sur la plateforme Pharos (internet-signalement.gouv.fr).
- Surtout, rassurez votre parent. Une personne qui a peur d'être grondée cachera la prochaine tentative — c'est exactement ce que recherchent les escrocs.
Questions fréquentes
Mon parent refuse qu'on touche à son ordinateur. Comment le protéger quand même ?
Respectez son refus de modifier l'ordinateur. Proposez d'abord un contact de confiance, des explications et une fiche de repères. Tout changement de réglage ou d'accès doit être expliqué et accepté ; une intervention invisible ne remplace pas le consentement.
Faut-il lui retirer sa carte bancaire d'internet ?
Ce n'est pas nécessaire et cela le priverait d'un usage utile (achats, démarches). Mieux vaut lui apprendre la règle d'or : on ne saisit ses coordonnées bancaires que sur un site où l'on est arrivé en tapant soi-même l'adresse, jamais via un lien reçu par mail ou SMS. Vous pouvez aussi activer les plafonds et les alertes de paiement proposés par sa banque.
Comment savoir si son ordinateur a déjà été piraté ?
Quelques signaux : des fenêtres de publicité qui surgissent sans arrêt, un ordinateur soudainement très lent, un logiciel de prise de contrôle installé (AnyDesk, TeamViewer) que personne ne connaît, ou des mails envoyés depuis sa boîte à son insu. Au moindre doute, faites analyser la machine et changez les mots de passe importants depuis un autre appareil.
Puis-je tout gérer à distance à sa place ?
Vous pouvez l'aider à distance de façon ponctuelle et transparente, mais méfiez-vous des outils de contrôle laissés actifs en permanence, qui peuvent aussi être détournés. L'idéal est un accompagnement qui demande son accord à chaque intervention et le tient informé, plutôt qu'un accès permanent et silencieux à sa machine.
Sources et liens utiles
- Cybermalveillance.gouv.fr — faux support technique (nouvel onglet)
- CNIL — choisir et conserver ses mots de passe (nouvel onglet)
Ces ressources s’ouvrent dans un nouvel onglet.